Grippe A/H1N1 :  Face à une pandémie qui se développe, ne baissons pas la garde

Grippe A/H1N1 : Face à une pandémie qui se développe, ne baissons pas la garde

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Publié le 23 octobre 2011

Interview du Professeur Didier Houssin,
Directeur Général de la Santé, Délégué Interministériel à la lutte contre la grippe aviaire, chargé de la gestion sanitaire de l’épidémie de grippe A H1N1.

NBP : Au mois de septembre dernier, la Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie a souhaité mobiliser les boulangers sur la grippe A H1N1 et leur a proposé un plan de continuité de l’activité en leur adressant un numéro spécial des Nouvelles de la Boulangerie Pâtisserie. Que pensez-vous de cette initiative ?
Professeur Didier Houssin
 : Pour faire face aux risques sanitaires mais également économiques liés à une pandémie grippale, le plan national a recommandé aux organismes publics et privés de préparer un plan de continuité d’activités qui permette, si la situation se dégrade, d’assurer les activités nécessaires à la vie de la population tout en protégeant les professionnels concernés.
On sait que l’élaboration d’un tel document est difficile pour chaque entreprise. Il convient donc de saluer l’initiative prise par la Confédération de proposer aux boulangers un plan de continuité type, présenté sous une forme pédagogique mettant en valeur les dispositions essentielles à prendre. Cette démarche professionnelle et civique entreprise par votre profession a constitué une première dans le monde artisanal.

Cette grippe ne semble pas aussi dangereuse que l’annonçaient certaines prédictions. Pouvons-nous baisser la garde ?
Pr. D.H.
 : Les réflexions conduites de 2004 à 2009 sur l’épidémie de grippe aviaire pouvaient laisser penser que si le virus A/H5N1 qui en était responsa ble, s’adaptait à l’homme, les conséquences pourraient en être graves car, lors des contaminations de personnes par des animaux, une proportion élevée de personnes décédait. L’arrivée du nouveau virus grippal A/H1N1 en avril dernier a montré qu’on était face à un virus ayant une grande capacité de diffusion, ce qui a conduit l’Organisation Mondiale de la Santé à déclarer dès juin, une situation de pandémie. Si les symptômes cliniques sont souvent comparables à ceux d’une grippe saisonnière, certains malades doivent faire l’objet d’une réanimation intensive et, depuis le début de l’épidémie, on déplore déjà en France le décès d’une quarantaine de personnes porteuses du virus grippal A/H1N1. Il ne faut donc pas baisser la garde car nous ne sommes certainement qu’au début de l’épidémie.

Concrètement, les boulangers et les boulangères ontils un rôle à jouer dans le cadre d’une mobilisation nationale contre un danger sanitaire comme celui de la grippe A/H1N1 ?
Pr. D.H
. : La première mission des boulangers est de continuer d’assurer l’approvisionnement de la population, notamment en pain. Au-delà de cette exigence, leur mobilisation doit s’appuyer sur trois points à la fois :
– à titre personnel, en cas de survenue de symptômes, consulter le plus rapidement un médecin et protéger son entourage familial,
– à titre professionnel, en suivant les recommandations d’hygiène prévues par le plan de continuité de l’activité,
– mais aussi au titre de la solidarité sociale, en s’inquiétant de la situation des personnes du voisinage vivant seules.

Le vaccin est boudé par les Français qui le rejettent à 80%. Vacciner seulement 20% de la population suffirait-il à enrayer la pandémie ?
Pr. D.H.
 : Il est clair que vacciner seulement 20% de la population ne suffira pas à arrêter cette pandémie. Mais en fonction de son évolution, on ne connaît pas la réaction de la population. Petit à petit, si le nombre de décès augmente, les gens auront une autre perception du risque. On ne sait donc pas aujourd’hui, quelle proportion de la population se fera vacciner.

Le vaccin est-il disponible, est-il sûr ? A-t-il été suffisamment testé ?
Pr. D.H.
 : Le vaccin constitue un moyen privilégié de lutte contre une pandémie grippale. Dès l’été, des décisions ont été prises pour faire produire un vaccin adapté, fabriqué selon les règles de sécurité et de qualité applicables aux vaccins en général.
Des premières quantités de vaccins ont commencé à être livrées fin octobre et la campagne nationale de vaccination a pu être lancée pour des groupes de populations prioritaires : professionnels de santé, personnes à risques, entourage des nourrissons. La campagne va se poursuivre au cours des prochaines semaines pour être proposée progressivement à l’ensemble de la population.
Les vaccins utilisés ont fait l’objet de tests identiques à ceux réalisés pour les vaccins grippaux habituels. Les résultats de ces essais ont été analysés par une agence européenne spécialisée qui a donné des autorisations de mise sur le marché. Il est important que chacun accepte de se faire vacciner à la fois pour se protéger des risques dus au virus grippal A/H1N1 mais aussi pour contribuer à la protection des autres en réduisant le nombre de personnes pouvant diffuser la grippe.

Le plan contre cette grippe préconise notamment l’utilisation des masques. Or il semble que certaines difficultés aient été constatées et notamment des délais de livraisons trop importantsQue conseillez-vous à la profession ?
Pr. D.H.
 : En situation d’épidémie installée installée, le plan national prévoit, parmi les moyens de protection, l’utilisation possible de masques FFP2, notamment pour les professionnels exposés de façon régulière au public. Il avait été recommandé aux organismes publics et privés de procéder à des acquisitions de tels masques. Avec l’arrivée de l’épidémie de virus A/H1N1, de nombreuses entreprises et services ont commandé des masques ce qui a conduit à des difficultés d’approvisionnement au cours des semaines passées. L’Etat a adapté sa politique de renouvellement d’une partie de ses propres stocks, ce qui fait qu’il est possible aujourd’hui de s’approvisionner auprès des fournisseurs de ces masques.

Quand le risque pandémique sera-t-il passé ?
Pr. D.H.
 : L’histoire montre qu’une pandémie grippale peut durer plusieurs mois voire s’étendre sur plusieurs années, notamment sous la forme de plusieurs vagues. Aussi, il n’est pas possible actuellement de déterminer la fin de la pandémie. Si l’adhésion de la population à la campagne nationale de vaccination est suffisamment élevée, le risque pandémique collectif pourra être réduit.

Doit-on s’attendre à ce que d’autres risques pandémiques apparaissent désormais chaque année ?
Pr. D.H.
 :Les virus de la grippe évoluent en permanence, ce qui nécessite en particulier d’adapter chaque année le vaccin contre la grippe saisonnière. Même si les pandémies grippales ne surviennent que quelques fois par siècle, il convient toujours de rester vigilant vis-à-vis de ce risque, comme le recommande l’Organisation Mondiale de la Santé et ainsi que nous l’avons été en France depuis plusieurs années avec le plan national. D’autre part, depuis plusieurs années, se développe un suivi des maladies émergentes qui pourraient résulter de contaminations humaines à partir d’animaux, les phénomènes pandémiques pouvant être favorisés par les transports internationaux mais aussi par les évolutions du climat et des écosystèmes.