9 mois après l’explosion de gaz, que devient la  boulangerie de Philippe Prévost à Aulnay-sous-Bois

9 mois après l’explosion de gaz, que devient la boulangerie de Philippe Prévost à Aulnay-sous-Bois

Actualités
Publié le 15 décembre 2015

C’est peu avant 19h ce lundi 9 mars 2015 qu’une explosion de gaz a eu lieu au-dessus de la boulangerie Prévost à l’angle de la rue Jules Princet et du boulevard de l’Hôtel de Ville à Aulnay sous-bois. Le bilan faisait état de 11 blessés dont 1 plus sérieusement, heureusement aucun décès n’était à déplorer. Neuf mois après, l’immeuble est toujours soutenu par des étais, mais les travaux de restauration n’ont toujours pas commencé. Raison pour laquelle nous avons souhaité faire le point avec Philippe Prévost, propriétaire de la Boulangerie et Vincent Loizeil, Directeur général de la MAPA qui assure la boulangerie.

Rappel des faits par Philippe Prévost : « La boutique était fermée ce lundi. Je suis arrivé à 18h30 pour travailler au bureau afin de prendre de l’avance, comme je fais d’habitude. Comme l’ordinateur est long à s’allumer, je suis allé dans les toilettes à côté, la détonation s’est produite à ce moment précis. Une explosion courte, soudaine, sèche mais très forte. Une chance que j’avais quitté le bureau à ce moment car il a été dévasté par l’explosion.

Par la suite, j’ai appris que les habitants de l’immeuble avaient appelé Gaz de France dans l’après-midi à cause d’une forte odeur de gaz. Un technicien était venu, avait constaté cette forte odeur de gaz, avait ouvert les parties communes, pris des mesures, fermé la colonne, repris des mesures puis il était reparti après avoir constaté qu’elles étaient négatives non sans avoir missionné une équipe de 3 techniciens chargée de venir voir les habitants de l’immeuble pour réparer l’éventuelle fuite. Cette équipe de techniciens est arrivée à 19h30, soit une demi-heure après l’explosion.

L’explosion a soufflé la façade du 2e étage qui est tombée au pied du magasin, une chance que la boulangerie était fermée et qu’il n’y avait pas de clients.

J’ai fait le tour de l’entreprise qui ne semblait pas avoir trop de dégâts mis à part la vitrine. L’électricité fonctionnait, les chambres froides étaient pleines. J’ai espéré que je pourrais peut-être ouvrir après quelques jours, mais quand j’ai ouvert la porte du magasin, j’ai pris conscience de la gravité, les passants dans la rue hurlaient craignant que l’immeuble ne s’effondre. C’était Bagdad ! J’ai cru à un attentat. La porte blindée du fournil avait été arrachée.

Toutes les vitrines des commerces aux alentours étaient tombées, plus de 80 morceaux de garde-corps en fonte, pesant environ 500 g étaient éparpillés dans la rue sans que personne n’ai été atteint par ces projectiles, un miracle ! Heureusement, à l’heure de l’explosion, les élèves de l’école en face étaient déjà sortis.

J’ai alors appelé mon responsable de fabrication pour l’informer de la catastrophe.

Les pompiers sont arrivés et ont immédiatement installé un périmètre de sécurité autour de l’immeuble. Pendant 15 jours je n’ai pas pu accéder à mon bureau où est archivée toute la vie de l’entreprise. C’était une zone pompier interdite d’accès. Des conduites d’eau de l’étage au-dessus avaient été arrachées, l’eau avait coulé dans mon bureau, une partie des archives, factures et autres documents noyés ainsi qu’un de mes 2 ordinateurs. J’ai eu 35 jours d’Incapacité totale de travail pour dommage auditif.

Le lendemain de l’explosion, j’ai rencontré le responsable de la Mapa. Il était déjà au courant car l’agence se trouve à 200 mètres de la boulangerie. Le responsable d’agence et le responsable de secteur m’ont assuré que le dossier était déjà en route. Ils m’ont prévenu que j’allais être contacté par l’inspecteur, que je n’étais pas obligé de prendre un expert d’assuré mais que c’était conseillé.

Etiez-vous bien assuré pour un tel sinistre ?

Philippe Pévost : J’ai un contrat multirisque Boulangerie spécial MAPA. Mais j’ai été un peu surpris par le silence de ma mutuelle. Après le passage de l’expert, je n’ai plus entendu parler de la MAPA pour qui je n’avais plus la sensation d’être un client mais un sinistré.

Ce qui m’a surpris, c’est la première démarche de l’expert d’assurance qui a souhaité contrôler la surface de mes locaux, alors que c’est l’agent commercial de la MAPA qui avait fait l’état des lieux avant la signature du contrat. On se sent un peu suspecté alors qu’on est victime du sinistre, l’espace d’un instant j’ai craint de ne pas être correctement assuré, un stress supplémentaire.

Quelle réponse apporter à cela Monsieur Loizeil ?

Vincent loizeil : J’entends bien qu’il y a des efforts à faire de la part de nos commerciaux car nous avons mis en place une procédure qui est très binaire : d’un côté la force commerciale qui est sur le terrain avec quelques inspecteurs pour la gestion des sinistres, de l’autre côté, les dossiers sont gérés au siège de Saint Jean d’Angély. Alors il est possible que la scission des missions soit trop forte.  Un coup de fil au sinistré de temps en temps permettrait de mettre de l’huile dans les rouages, c’est ce que devraient faire nos commerciaux, chose qui ne leur était pas demandée auparavant.

A la MAPA nus avons lancé un projet d’entreprise dans le but d’améliorer certaines procédures. Ce que nous dit Monsieur Prévost, très clairement identifié, nous amène à modifier ces procédures. Nous sommes dans une attitude d’amélioration continue.

Quel a été votre choix Monsieur Prévost : redémarrer l’activité ou fermer la boutique ?

Philippe Pévost : J’ai pensé à mes 14 salariés qui risquaient de se retrouver sans emploi. Certains ont entre 20 et 30 ans de maison. Impossible de leur dire du jour au lendemain : on fait un chèque et c’est terminé ! Et puis il y l’expert qui vous demande de choisir entre continuer l’activité et être indemnisé en perte d’exploitation ou arrêté et recevoir un chèque de la valeur du fonds de commerce au titre de l’indemnisation globale. Cette décision on a l’impression de n’avoir que quelques secondes pour la prendre. C’est un vrai stress qui s’ajoute à la catastrophe que vous venez de subir.

J’ai donc choisi de poursuivre l’activité. Mes salariés travaillent dans l’autre boutique. Par équité, j’ai souhaité qu’ils soient tous aux 35 heures donc sans heures supplémentaires, mais  chacun a accepté d’y mettre du sien en attendant la reprise d’activité du magasin sinistré.

L’assuré n’a que quelques secondes pour se décider après un tel sinistre Monsieur Loizeil ?

Vincent Loizeil : Sauf que nous sommes à la MAPA. Dans ce dossier très compliqué, il est certain qu’on écoutera le boulanger jusqu’au bout. Au moment où on lui pose la question, le boulanger a la sensation de n’avoir que quelques secondes pour faire son choix, mais sa réponse n’est pas inscrite dans le marbre. On peut revoir son choix en fonction des tenants et aboutissants, en fonction des avancées du dossier.

On est obligé de poser la question même si on pressent bien que dans ce contexte, avec une dizaine de salariés, le chef d’entreprise va choisir de poursuivre son activité et donc d’être indemnisé en perte d’exploitation.

D’après nos expériences, nous savons que dans la plupart des cas, c’est la continuité de l’exploitation qui constitue le choix du chef d’entreprise. La MAPA essaie de trouver les meilleures solutions  en concertation avec le sociétaire pour faciliter la reprise de l’exploitation.

Aujourd’hui où en est ce sinistre ?

Philippe Prévost : Neuf mois ont passé, neuf mois que ma boutique est fermée et cela donne l’impression que rien ne bouge vers une solution du problème. Un expert judiciaire a été nommé en juillet. Il n’est venu à la boulangerie que le 20 octobre. Une 2e réunion avait été prévue le 30 novembre mais l’expert judiciaire l’a annulée sans proposer une autre date. De son côté, la MAPA verse régulièrement des provisions pour un total de plus de 400 000 eurospour faire face aux frais.

Monsieur Loizeil, comment expliquez-vous qui ‘il faille autant de temps pour régler un sinistre, quand la vie d’une entreprise et l’emploi de ses salariés est en jeu ?

Vincent Loizeil, Directeur Général de la MAPA : C’est un sinistre très compliqué qui fait intervenir beaucoup de monde car l’immeuble faisait l’objet de travaux de rénovation : plusieurs locataires, plusieurs copropriétaires, une entreprise de rénovation, une entreprise de gaz. Cette situation entraîne nécessairement l’intervention d’un expert judiciaire et on le sait bien, le temps judiciaire est beaucoup plus long que celui des assurances ou des entreprises.

Alors qu’approche les fêtes de fin d’année, avez-vous l’espoir d’une reprise de l’activité Monsieur Prévost ?

L’expert d’assurance et l’expert d’assuré se sont prononcés pour une reprise de l’activité. Le fournil et le laboratoire sont opérationnels et j’ai réservé un local de l’autre côté de la rue qui peut nous servir pour la vente en attendant la restauration du magasin. Si la décision de l’expert judiciaire arrivait à temps nous pourrions reprendre l’activité pour les fêtes de la fin d’année…Mais cela ne dépend pas de nous. Toutefois, la MAPA propose une alternative au blocage de l’Expert judiciaire.

Propos recueillis par Aunis